touch the stars go to hell

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Anonymous
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Rhésus embrouille / Adeul
le Dim 30 Juin - 10:18 #
"Rhesus Embrouille"
tenue de médecin - autour de 19h

Je finis de fumer ma clope dans une cage d’escalier à la limite d’une espèce de velux qui s’ouvre avec un système métallique grinçant. Je regarde le mur à coté de moi, la peinture s’effrite. Comme ma vie. Quelle merde tiens. J’écrase le mégot lentement sur le carrelage de la marche et le jette dans la poubelle à coté de moi, faisant gaffe à ce que ça ne foute pas le feu. Pas que j’aie un quotidien absolument génial en ce moment, mais je tiens à la vie quand même. J’avoue que parfois, je me dis que je suis un peu débile de même pas savoir pourquoi. Etre en vivant c’est mieux que d’être mort, tu parles d’une phrase existentielle, bravo Mao ce soir, t’as innové.  C’est n’importe quoi putain, même sobre, je déconne vraiment depuis quelques jours… mon insertion dans ce endroit ne me fait pas du bien. Je vois, j’entends, je sens, trop de choses qui vont au delà de mes principes, qui déchirent mes espérances, qui étouffent tout ce pour quoi je me battais à la base.

J’ai encore du sang séché sous les ongles. Il ne s’en est pas sorti celui là. Six années que les urgences coulent dans mes veines, seize ans qu’on me clamse dans les mains, vingt six que je respire ce même parfum de trépas alentour sans que ça ne m’attrape au passage, comme si j’étais destiné à voir les autres se casser la gueule, qu’on me fait toucher du bout des doigts le parfum doucereux de la mort avant d’à chaque fois me l'ôter pile avant que je lui roule une pelle. Le pire dans tout ça c’est que je fais subir aux autres la frustration de ne pas mourir, je les prive de ce privilège alors que ce serait si facile de les aider à partir s’ils le voulaient mais aucun ne me l’a demandé jusque là, alors que je les soigne. Quinze jours, que quinze jours et pourtant je sens déjà mon âme prendre le sale pli. Pire que le bourreau qui les maltraite, je suis celui qui les remets sur pieds pour que ça recommence, je suis donc pire. J’en ai conscience. Je me lève, m’appuie sur ma canne, et remonte le couloir, vide. Les murs pâles, les caméra partout, mon regard fatigué les parcourent, et mon majeur aimerait se dresser sympathiquement pour les envoyer tous chier mais je suis comme eux ici, piégé.

Ma vie contre l’asservissement, du moins parce que je pourrais m’enfuir, disparaître mais après moins, un autre viendrait, il serait peut être pire. Je ne peux pas me faire à cette idée de les abandonner. Je ne suis pas unique mais j’ai besoin de donner un sens à ma vie, et outre ce peu que je peux leur apporter, je n’ai rien. Ce que c’est pathétique je me fais vomir des fois, ne supportant plus ma propre conscience, trop propre et trop sentimentale. J’ai un patient à voir mais on m’arrête et on me file une feuille sans même m’adresser la pareil. Il a pas baisé lui, il a quoi? Même pas bonjour? Je hausse un sourcil et le regarde s’éloigner en me tournant un peu, puis mes yeux s’attardent sur le papier… L’isoloir. Pourquoi ne veut-il pas s’en occuper? Il flippe? Couille molle pff…. Je soupire. Il me les brise. Même pas fichu d’assumer les patients les moins dociles après ce qu’ils leur font subir. Je l’ai déjà vu cet infirmier, cul et chemise avec un des plus barges du corpus. J’ouvre le col de ma chemise et tire sur ma cravate. ça sent “le” problème ce patient. Le rhésus Embrouille. C'est même pas mon aile, pourquoi on veut me le refourguer, ça pue tellement le bizutage. Comme s'il pensait que je suis à ça près. Bande de connards.. je commence à les mépriser, ça germe lentement. Quelques minutes plus tard, je suis devant cette porte. Je confirme le numéro, plie la feuille dans ma poche. Je repère un chariot d'infirmier dans le couloir. Ils sont tous rentrés chez eux, moi j'ai pas de vie donc qu'est-ce que ça peut foutre. C'est ce qu'ils doivent se dire. Une respiration. Allez, pas la peine de faire durer le suspense, je fais sauter les loquets et ouvre en grand la porte, sur cette zone sombre que seule la lumière du couloir atténuée éclaire. Dans mon geste, je m'écarte un peu des fois que le patient voudrait me sauter dessus ou se tirer. Il n'irait pas bien loin de toute façon, mais ne voyant rien venir, je m'avance lentement, un peu boiteux de cette fin de journée. Beaucoup se demande si c'est une canne factice, je suis jeune. Inutile de me la faucher, je suis boiteux mais je marche sans soucis sans, c'est juste pour me soulager.

Plus loin, une silhouette se détache doucement. Je m'accroupis, coudes en appui sur les genoux et je l'observe, silencieusement. J'ai besoin de voir ce qu'il a encore en réserve, s'il bouge, s'il a un comportement agressif ou non. On ne joue plus, et je n'ai aucune envie de me retrouver sur le billard encore une fois. ça caille dans cet endroit , c'est inhumain et ça pue la pisse et la gerbe... ils ne nettoient que tous les deux mois je suis sûr... je secoue la tête, outré... ça me fait mal pour lui. "Je suis le docteur Jahk... j'ai rien à voir avec ces types qui t'ont foutu là, sache le... je peux pas te laisser ici même si tu m'fais pas confiance..." je me lève, prends une couverture et m'approche calmement , à un mètre de lui, et je la déplie, pour lui donner, voir s'il s'en arrange ou si je dois l'aider. "... tiens.... " Je dévisse une bouteille d'eau pleine de sucre et lui tend, le considérant calmement du regard. "Bois..." j'attends quelques secondes , cherchant le moindre détail supplémentaire qui aurait pu m'informer sur son état de santé mais je me leurre pas, il est bien HS... "Garde les ... tu acceptes que je te soigne? T'as rien à craindre, il est tard , on est seuls. " Certains penseraient qu'on demande pas son avis à un cobaye... honnêtement? J'en ai rien à foutre. Ils ont un cœur, le don de parole, un regard qui à chaque fois me flingue les résistances, alors il est hors de question que je les laisse comme ça. J'en crèverai s'il faut , c'est juste comme ça. "Tu peux te lever ou je dois te porter?"